Dépression

La dépression : agir de la même façon pour tous ?

C’est arrivé en douce, subrepticement, sournoisement, sans prévenir, une vraie saloperie, une lente et insidieuse pénétration. Je suis l’esclave d’une chose indéfinissable qui est entrain de me détruire et je lui obéis sans aucune résistance …”

Philippe Labro (Tomber sept fois, se relever huit)

La dépression est un vaste sujet ! Cet article présente cette souffrance psychique en quelques lignes. Bien-sûr tout ne peut être dit. Des écrits de l’auteur Philippe Labro, parsemés à travers cet article, pourront nous faire percevoir ce qui est spécifique dans la dépression. Aujourd’hui, la dépression est qualifiée comme « mal du siècle » !  Mais pourquoi ?

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la dépression touche 6 % de la population occidentale. Elle est considérée comme la deuxième affection la plus répandue. Ce qui explique, que la dépression est une priorité dans les pays occidentaux. 

Qu’est-ce que la dépression ? 

La dépression est une des souffrances psychiques, la plus connue et paradoxalement la plus questionnée. 

Est-ce une maladie neurologique ? Est-elle d’origine génétique ? Le contexte social et culturel joue-t-il un rôle dans sa propagation ? 

Telles sont les questions que nous retrouvons dans différents ouvrages dédiés à la dépression. A l’heure actuelle, une réponse faisant consensus n’est toujours pas trouvée. Ici, nous ne rentrerons pas au cœur de ces questionnements. Je vous propose une présentation brève de la dépression.

La dépression est définit comme  maladie qui se caractérise par « une modification profonde de l’état thymique, de l’humeur dans le sens de la tristesse, de la souffrance morale et du ralentissement psychomoteur[1] ».

A travers cette définition, qui se veut générale, peut-on tout percevoir de la dépression ? 

Non ! 

En effet, la dépression peut aussi se définir autrement. Nous pouvons la caractériser selon un point de vue descriptif c’est-à-dire par l’établissement d’un ensemble de symptômes observables. Nous pouvons aussi l’expliquer en établissant une relation avec les causes et ses mécanismes inconscients. 

Les symptômes de la dépression

D’un point de vue descriptif, nous relevons neuf signes cliniques. Toutefois, ces signes ne peuvent à eux seuls affirmer qu’il existe une dépression chez une personne.  Une notion de temporalité et d’apparition simultanément restent essentielles.  

Je vais énumérer rapidement ces signes distinctifs. Tout d’abord, la tristesse dans le vécu est très présente. Elle devient une émotion pesante, permanente et surtout elle est sans motif repérable. Si on lui donne un motif, il s’avère vite insuffisant pour expliquer l’ampleur de cette tristesse. Ce ressenti peut aller, pour certain, d’une humeur morose à un dégout de soi voir même à un désespoir. 

“Tout est peine. La voix et le regard sont éteints ?”

Cette tristesse peut aussi être masquée par une forme d’irritabilité exacerbée envers son entourage mais aussi envers soi-même. Cet état s’accompagne d’un repli sur soi. Dans ce repli, en ressassant ses difficultés, se développe un sentiment d’auto-dévalorisation, une forme de culpabilité. Nous pouvons vite comprendre la perte d’intérêt qui peut être ressenti ainsi l’ environnement, les partenaires autrefois privilégiés, les loisirs et l’ activité professionnelle sont délaissés. L’envie de rien signe la perte du désir voir de l’envie de vivre. 

“Leurs visages et leurs expressions m’échappent, m’indiffèrent. Rien ne m’intéresse que la douleur qui est en train de m’isoler et dresser un mur de verre entre les autres et moi.”

Ces trois premiers signes vont être accompagner de plaintes d’une fatigue et de lassitude. Tout devient lourd. Arrivent ainsi les troubles de l’attention, de la concentration, les troubles de l’appétit et du sommeil

“Lassitude, épuisement, tout est lourd, difficile insupportable. Seul projet, seul objectif : chercher le sommeil et s’y réfugier. Ah ! pouvoir prolonger l’oubli de moi, mon corps, mes jours de la vie.”

Les causes de la dépression

Ce trouble est provoqué par différentes causes psychiques, biologiques et psychosociales.

Nous pouvons aussi distinguer des causes déclenchantes ainsi que la présence de causes latentes.

Les causes déclenchantes peuvent être un évènement douloureux alors qu’une cause latente est plus difficilement repérable comme par exemple avoir une fragilité affective ou encore une prédisposition à la dépression.

Peut-on réellement dissocier ces deux types de causes ? 

Quelquefois, la dépression est provoquée par un évènement dramatique, mais aussi par des évènements plus ordinaires qui s’ajoutent à une accumulation devenue insupportable.

D’où vient la dépression ? 

Un psychanalyste[1]définit la dépression comme « la réaction à la perte de l’amour de soi idéalisé ; ou de l’illusion d’être un jour aimé d’un amour idéal ou d’être un jour admiré comme étant le meilleur ou reconnu comme suffisant ». Est-ce l’évènement malheureux, la perte en elle-même qui cause la dépression ou notre manière de vivre la perte ? Est-ce la manière de vivre la perte ou le type de relation affective qui a été noué ? Peut-on parler d’une perte d’un idéal ? 

Traitement de la dépression par des psychotropes

Peut-on agir de la même façon pour tout le monde ? Le but du traitement est-il identique pour tous les patients ? 

Il y a une cinquantaine d’année, le Congrès de l’Union thérapeutique internationale (1958) se tenait autour des promesses révolutionnaires que proposaient les traitements chimiques des maladies mentales. En 2006, l’Office Parlementaire d’Evaluation des Politiques de Santé (OPEPS) publiait un rapport sur le bon usage des médications psychotropes. Nous percevons bien l’écart créer entre ces deux périodes.

En effet, aujourd’hui un français sur trois prend des psychotropes au cours de sa vie, et un sur quatre au cours des douze derniers mois. Le nombre de sujets traités par antidépresseurs est passé de 2,8 % en 1994 à 5 % en 2003. Ces dernières années, la prescription d’ antidépresseurs et de tranquillisants a connu d’importantes évolutions. Il est vrai que nous pouvons affirmer que les antidépresseurs ont une action sur les symptômes de la dépression. Et puis, à quoi bon souffrir d’une dépression si des médicaments d’usage simple peuvent l’atténuer ou la contrôler ? 

Traitement de la dépression par la psychothérapie

Toutefois, ce traitement nécessite la conjugaison d’une thérapie psychologique. Le travail thérapeutique permet aussi de saisir une logique des pensées, des paroles, des actes qui accompagne le vécu dépressif. C’est-à-dire de saisir sa représentation de la dépression ou encore des enchaînements qui conduisent aux mécanismes les plus visibles tels que les symptômes. C’est l’occasion d’approcher, de percevoir, de souligner et de prendre conscience de ses mécanismes. Ce travail thérapeutique répond au besoin de tout être humain de donner du sens à ce qui lui arrive et de considérer ce qui se passe comme expression de ce sens.

En effet, il y a plusieurs façons d’être déprimé et des façons plus ou moins durables. De plus, le vécu d’une dépression ainsi que les modalités de traitement ou d’approche thérapeutique divergent selon les personnes. Il y a des maladies aiguës et des maladies chroniques, le temps et les soins peuvent éventuellement les modifier mais aussi les stabiliser.

Conclusion

Les modes de vie occidentaux, les modes de consommation et d’exigence de la santé ou de bien-être ont pour conséquence la sous-estimation d’une combinaison des traitements médicalisés et notamment par la prise en charge psychologique. Il existe plusieurs formes de dépressions et différentes capacités de se représenter la dépression ou de donner du sens à son vécu. Il est essentiel en tant que thérapeute et patient de tenir compte de ces multiples variables. Nous ne pouvons plus croire au fantasme d’un traitement identique, d’une dynamique unique en ce qui concerne la prise en charge de la dépression.

Nous concluons cet article toujours par les mots de Philippe Labro.

Tu apprendras d’elle. Quel est l’héritage d’une dépression ? Qu’ai-je reçu que je n’avais pas ou que j’avais oublié ?”

Je vous propose cette vidéo qui reprend certains éléments de l’article et clarifie ce qu’est la dépression.

 


[1]Nasio

[1]Définition du Grand dictionnaire de la psychologie, Ed. Larousse

http://www.info-depression.fr

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/depression

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/la-depression-touche-de-plus-en-plus-de-francais_128659